Il y avait une fois un vieil homme et une vieille femme. Il faut dire que le vieil homme s'était remarié avec la vieille femme, sa première femme étant morte. Elle lui avait laissé une petite fille qui s'appelait Martha. Son deuxième mariage n'avait pas été très heureux parce que sa femme était très coléreuse ; de plus elle avait deux filles qui ne ressemblaient pas à la première.
La vieille femme aimait beaucoup ses deux filles à elle ; elle leur donnait de la confiture tous les jours, et aussi du miel, cela, autant qu'elles en voulaient, et l'aînée, n'avait droit qu'aux restes. Et quand ses soeurs étaient de mauvaise humeur, elles allaient jusqu'à jeter ce dont elles n'avaient pas voulu, en sorte qu'il n'y avait plus rien du tout pour Martha.
Les enfants grandirent. Martha faisait tous les travaux du ménage. Il fallait qu'elle aille chercher le bois pour le feu, qu'elle l'allume et qu'elle l'entretienne. Elle devait tirer l'eau pour que ses soeurs puissent se laver les mains. Il fallait aussi qu'elle fasse la lessive et qu'elle reprise. Elle devait encore préparer les repas, et faire la vaisselle avant d'avoir le droit de manger un petit morceau.
Et, malgré tut, sa belle-mère n'était jamais contente, elle ne cessait de crier après elle : "Regarde donc où tu as mis la bouilloire, elle n'est pas à sa place." "Il y a de la poussière sur le plancher." "Les cuillères sont sales !" "Tu n'es qu'une affreuse bonne à rien !" Pourtant Martha était très active, et elle se levait avant le soleil, tandis que ses soeurs restaient facilement au lit jusqu'à l'heure du déjeuner. Et elle n'était pas sotte. Elle trouvait même le moyen d'être gaie et de chantonner, sauf quand sa belle-mère l'avait battue. Et pour ce qui est d'être affreuse, elle était tout simplement la plus jolie petite fille du village.
Son père comprenait que tout cela n'était pas juste, mais il n'y pouvait rien changer, parce que la vieille femme était maîtresse chez elle et qu'il en avait terriblement peur. Et pour ce qui est des filles, elles voyaient bien comment leur mère traitait Martha, alors elles l'imitaient, elles avaient toujours à se plaindre de quelque chose et elles s'arrangeaient pour la faire gronder. C'était un plaisir pour elles que de voir les larmes couler sur ses joues.
Enfin, le temps passa, la petite Martha grandit et la belle-mère et ses deux filles n'embellissaient pas. Elles ne cessaient de se plaindre et de montrer leur bon caractère. Leur mère se rendit qu'elle ne réussirait jamais à les marier tant que Martha serait à la maison, à cause de ses beaux yeux brillants, de ses chansons et de sa gentillesse naturelle. Aussi se mit-elle à se demander comment elle pourrait bien arriver à se débarasser de sa belle-fille, et le moyen qu'elle trouva était cruel.